« On en a déjà tellement vu, alors... » Apathique, fataliste, presque résigné, à Belgrade, l'homme de la rue, en pleine crise internationale, rechigne à exprimer ses sentiments. Sa nervosité, sa crainte, son angoisse, il n'en fait pas état, et encore moins devant un étranger. A sa façon, en reprenant une petite phrase prononcée à Paris par le président serbe Miluti-novic, la une de l'hebdomadaire d'opposition « Vreme » a traduit ce qui semble être le sentiment
général : « Che sera sera... »
Le jour de l'arrivée de Richard Holbrooke dans la capitale serbe pour la négociation de la dernière chance, c'est donc cette indifférence apparente qui frappe le plus. Elle contraste d'ailleurs un peu avec la solidarité enflammée des Serbes de la diaspora, en France, au Canada ou en Australie, qui ont multiplié les manifestations ces derniers jours pour la défense du Kosovo, « berceau du peuple serbe ». Belgrade est pourtant dans l'oeil du cyclone... Certes, la télévision nationale - l'instrument par excellence du pouvoir - se fait largement l'écho de ces démonstrations, qu'elle met en parallèle avec les petits rassemblements organisés jusqu'ici, d'ailleurs surtout en province, par les partisans de Milosevic ou les militants du nationaliste Seselj. Des spots à la gloire de l'armée yougoslave ponctuent chaque journal télévisé, dont la durée varie du simple au double selon le degré de dramatisation souhaité. Et, comme lors de chaque crise, toutes les ficelles de la propagande sont utilisées pour marteler l'idée de l'injustice dont seraient victimes les Serbes à propos de la situation au Kosovo.
Mais il n'y a pas de renforcement de la présence policière, ni de pénurie. L'opposition dite démocratique semble s'être évanouie dans un silence consternant. Sur le terrain, l'armée et les forces spéciales de la police n'ont même pas attendu le départ sans difficulté des observateurs de l'OSCE pour reprendre position et se relancer dans des opérations contre les places fortes de l'UCK et les villageois qui abritent les maquisards. Bref, tout concourt à renforcer cette impression d'une « normalité » et surtout d'une détermination froide et résolue qui constituent l'atout majeur du roi local du poker : Slobodan Milosevic.
Or il est évident que ce calme délibérément affiché à Belgrade est avant tout destiné à
impressionner Paris, Londres et surtout Washington, où l'on se trouvait une fois de plus, cette semaine, piégé entre les risques d'une intervention militaire et la nécessité absolue de ne pas affaiblir la crédibilité de l'Otan, à la veille de son 50e anniversaire.
Henri Guirchoun
« On en a déjà tellement vu, alors... » Apathique, fataliste, presque résigné, à Belgrade, l'homme de la rue, en pleine crise internationale, rechigne à exprimer ses sentiments. Sa nervosité, sa crainte, son angoisse, il n'en fait pas état, et encore moins devant un étranger. A sa façon, en reprenant une petite phrase prononcée à Paris par le président serbe Miluti-novic, la une de l'hebdomadaire d'opposition « Vreme » a traduit ce qui semble être le sentiment
général : « Che sera sera... »
Le jour de l'arrivée de Richard Holbrooke dans la capitale serbe pour la négociation de la dernière chance, c'est donc cette indifférence apparente qui frappe le plus. Elle contraste d'ailleurs un peu avec la solidarité enflammée des Serbes de la diaspora, en France, au Canada ou en Australie, qui ont multiplié les manifestations ces derniers jours pour la défense du Kosovo, « berceau du peuple serbe ». Belgrade est pourtant dans l'oeil du cyclone... Certes, la télévision nationale - l'instrument par excellence du pouvoir - se fait largement l'écho de ces démonstrations, qu'elle met en parallèle avec les petits rassemblements organisés jusqu'ici, d'ailleurs surtout en province, par les partisans de Milosevic ou les militants du nationaliste Seselj. Des spots à la gloire de l'armée yougoslave ponctuent chaque journal télévisé, dont la durée varie du simple au double selon le degré de dramatisation souhaité. Et, comme lors de chaque crise, toutes les ficelles de la propagande sont utilisées pour marteler l'idée de l'injustice dont seraient victimes les Serbes à propos de la situation au Kosovo.
Mais il n'y a pas de renforcement de la présence policière, ni de pénurie. L'opposition dite démocratique semble s'être évanouie dans un silence consternant. Sur le terrain, l'armée et les forces spéciales de la police n'ont même pas attendu le départ sans difficulté des observateurs de l'OSCE pour reprendre position et se relancer dans des opérations contre les places fortes de l'UCK et les villageois qui abritent les maquisards. Bref, tout concourt à renforcer cette impression d'une « normalité » et surtout d'une détermination froide et résolue qui constituent l'atout majeur du roi local du poker : Slobodan Milosevic.
Or il est évident que ce calme délibérément affiché à Belgrade est avant tout destiné à
impressionner Paris, Londres et surtout Washington, où l'on se trouvait une fois de plus, cette semaine, piégé entre les risques d'une intervention militaire et la nécessité absolue de ne pas affaiblir la crédibilité de l'Otan, à la veille de son 50e anniversaire.
Henri Guirchoun